POSSIBILITE DE RECLAMATION EN CAS DE RECEPTION DE DIVIDENDES DE FILIALES ETRANGERES AU COURS DES TROIS DERNIERES ANNEES : ETES VOUS-CONCERNES ?

Fév 28, 2022

Le 27 janvier 2022, la cour administrative d’appel (CAA) de Lyon a rendu un arrêt (n°20LY00698) portant sur la possible imputation du crédit d’impôt acquitté à l’étranger sur la quote-part de frais et charges (QPFC) réintégrée au titre des dividendes soumis au régime mère-fille.

QUE DIT L’ARRÊT DE LA CAA ?

La requérante est une société mère française détenant des filiales en Italie, lesquelles lui versent des dividendes entrant dans le champ du régime mère-fille prévu aux articles 145 et 216 du Code Général des Impôts (CGI). Pour rappel, ce régime prévoit l’exonération des dividendes versés par les filiales à leur société mère détenant au moins 5% du capital social de leur filiales sous réserve de la réintégration d’une QPFC à hauteur de 5% du montant de la distribution (ou 1% dans le cas des sociétés dîtes « intégrables »).

La société requérante, s’étant acquitté par voie de retenue à la source de l’impôt italien sur les dividendes reçus, a imputé le crédit d’impôt correspondant sur la QPFC de 5 %. L’administration fiscale a remis en cause cette imputation et appliqué une pénalité de 40% pour manquement délibéré.

La contestation de la société requérante, s’appuyant sur la convention franco-italienne, repose sur l’argument selon lequel ne pas admettre l’imputation du crédit d’impôt sur la QPFC de 5 % revient à doublement imposer la société mère : en Italie, puis en France.

La CAA a suivi l’argumentation de la société requérante et déchargé cette dernière du complément d’impôt sur les sociétés ainsi que les majorations afférentes.

UNE DECISION DANS LA CONTINUITE DE LA JURISPRUDENCE L’AIR LIQUIDE

La solution rendue par la CAA s’inscrit dans la continuité de la décision rendue par le Conseil d’Etat dans l’affaire SA L’Air Liquide (n°454105) le 15 novembre 2021. Le Conseil d’Etat avait en effet validé la possibilité d’imputer un crédit d’impôt étranger sur la QPFC de 12 % dans le cadre de l’imposition de la plus-value de cession de titres de participation.

D’après le raisonnement de la CAA, faisant écho à celui du Conseil d’Etat, le refus de permettre l’imputation du crédit d’impôt étranger sur la QPFC de 5 % dans le cadre du régime mère-fille reviendrait à imposer deux fois la distribution en cause. Le régime mère-fille est ainsi analysé comme n’entraînant pas une exonération d’imposition au sens propre sur la perception des dividendes mais bien une imposition marginale, celle-ci ouvrant dès lors droit à l’imputation du crédit d’impôt étranger prévu par les conventions fiscales bilatérales.

DANS QUELLE SITUATION EST-IL OPPORTUN DE FORMULER UNE RECLAMATION ?

Peuvent donc formuler une réclamation auprès de l’administration fiscale, sur le fondement de cet arrêt, les sociétés mères remplissant cumulativement les conditions suivantes :

  1. disposer de filiales établies dans un Etat autre que la France ;
  2. percevoir de ces filiales des distributions soumises au régime mère-fille ;
  3. avoir été soumise à l’impôt étranger sur ces distributions ;
  4. être bénéficiaire au titre de l’exercice de versement des dividendes.

Ainsi, les sociétés concernées auront jusqu’au 31 décembre 2022, au plus tard, pour réclamer l’impôt sur les sociétés payé au cours de l’exercice de 2020, au titre des dividendes perçus en 2019.

photo by Gabrielle Henderson on Unsplash

Articles récents

Fusions-acquisitions : accélérer la croissance au-delà du giron familial

Très heureuse d’avoir participé à l’édition 2026 de Family Stories, après avoir déjà eu l'occasion d’intervenir lors de l’édition 2025. J’ai eu le plaisir de prendre part à une table ronde consacrée aux fusions-acquisitions dans les entreprises familiales, sur le...

BERRYLAW dans le classement Legal 500 EMEA 2026 !

Nous sommes heureux d’annoncer que notre cabinet est classé dans l’édition 2026 du Legal 500 Europe, Middle East and Africa dans les catégories suivantes : Fiscal M&A – opérations inférieures à 100 millions d’euros Cette reconnaissance est particulièrement...

Smart & Réglo | Le travail dissimulé, ça coûte cher

Une idée de génie : créer une plateforme pour mettre en relation des travailleurs et des clients, les faire exercer sous statut indépendant pour éviter de payer les charges sociales… Sauf que dans le droit du travail, les structures qui imposent précarité et...

Berrylaw distingué au Sommet du Droit 2026

Pour la deuxième année consécutive, notre cabinet a reçu une mention spéciale en Économie de la santé lors du Sommet du Droit 2026, organisé par Décideurs Magazine. Cette distinction réaffirme notre expertise dans l’accompagnement des acteurs du secteur de la santé,...

Smart & Réglo | Les emails font la loi aux prud’hommes

Mardi 23 septembre 2025, SMART JOB reçoit Étienne Pujol (avocat en Droit Social au barreau de Paris) autour de la question suivante : comment les entreprises doivent réagir lorsqu’un salarié demande la production de tous les emails émis et reçus tout au long de sa...

Smart & Réglo | Les freelances, la liberté… et les embrouilles

Ce qui est bien avec les freelances, c’est qu’on peut s’en séparer quand on n’a plus besoin d’eux… Vraiment ? L’avocat en droit social Étienne Pujol le rappelle à toutes fins utiles : si vous traitez vos indépendants comme des subordonnés, ils auront les mêmes droits...